Wild Risk, Quart de Vin, Kadalko, Villez... l'histoire des étalons du Cambacérès

09/11/2023 - Grand Destin
Le Cambacérès 2023 semblant promis à un futur étalon, penchons-nous sur les reproducteurs au palmarès de la course. Depuis 1943 et le célèbre Wild Risk, en passant par Quart de Vin, Kadalko et Villez, quelques uns ont remporté l'épreuve reine des 3 ans avant de laisser leur empreinte au haras... et pas toujours comme on le pensait ! Avec France Galop. 

Master d'Oc, Léon du Berlais et Jigme, 3 futurs étalons candidats au Prix Cambacérès (aprh)

 

Jigme, Master d'Oc et Léon du Berlais s'élanceront dimanche dans le Prix Cambacérès (Gr.1), qui est peut-être le vrai temps fort des 48h de l'obstacle avec ce passionnant match à 3. Les enjeux sont multiples, puisqu'il faut conquérir le titre de meilleur 3 ans, et s'assurer une place au haras pour ces 3 entiers, même si Jigme et Master d'Oc ont déjà un point de chute. Quoi qu'il en soit, un titre dans le Cambacérès ferait de l'un de ces 3 "couillus" un jeune sire recherché dans les saisons à venir. Si elle revient à la mode, cette tradition des entiers dans le Cambacérès est séculaire. Il faut remonter 80 ans en arrière, pour la 2e édition de l'histoire de la course, pour démarrer la chronologie des étalons au palmarès de la course, avec le plus fameux d'entre eux : Wild Risk

 

Premier entier à gagner le Cambacérès, Wild Risk est aussi le plus fameux...jusqu'à maintenant en tout cas. 


Il y a bien sûr un Prix Wild Risk à Auteuil, qui rend hommage à celui qui fut le meilleur hurdler de son époque, gagnant du Grand Prix d'Automne, de la Grande Course de Haies de Printemps, de la Grande Course de Haies d'Enghien, et de la Grande Course de Haies d'Auteuil... à 4 ans (avant que la course ne soit ouverte qu'aux 5 ans et plus à partir de 1961). Wild Risk avait bien évidemment gagné le Cambacérès, après une carrière de plat honnête sans plus, qui l'avait vu débuter à réclamer à 2 ans, gagner son maiden à 3 ans et se placer de Groupe face aux stayers. Petit bai très léger manquant d’envergure, étroit de poitrail, l’épaule droite, piqué sur ses appuis, les canons longs et l’antérieur droit agrémenté d’un pied bot; Wild Risk était un cas à la base sans espoir devenu contre toute attente un champion sauteur... puis un chef de race !

 

Le Fabuleux, le fils de Wild Risk le plus influent au Haras

 

En effet, Wild Risk n'avait pas été castré durant tout ce temps, et est rentré au haras en 1946, là encore sans grand engouement. Et dans ce cas de figure, il a à nouveau défié les statistiques, étant sacré tête de liste des pères de vainqueurs en 1961 et 1964... en plat !  On lui doit Le Fabuleux (Prix du Jockey Club), Balto (Grand Prix de Paris, Ascot Gold Cup), Vimy (King George VI & Queen Elizabeth St.), Fils d’Eve (Derby Italiano), Worden II (Washington DCI St.), Wild Miss (Prix Vermeille), ou encore Tonnera (Prix Saint-Alary), Le Fabuleux étant devenu un excellent continuateur de son père au haras. Wild Risk est également le père de mère du chef de race Blushing Groom. En obstacle, il n'a pas été en reste avec un titre de meilleur étalon en 1966, l'année où son fils Rush remportait comme son père Le Cambacérès (Gr.1). Donnant lui aussi son nom à une course de 3 ans très importante à Auteuil, Rush n'a pas réussi à faire des miracles au haras. 

 

Verdi, "Cambacérès winner" puis étalon d'influence chez les AQPS du Centre-Est

 

Plusieurs autres étalons ont gagné le Cambacérès, tout en connaissant une réussite inconstante au haras. Extraordinaire coursier, Kerlor a remporté le Prix du Lys (Gr.3) à 3 ans avant d'enchaîner en obstacle sur le Cambacérès à l'automne 1945. A 4 ans, il allait revenir en plat remporter le Grand Prix de Deauville (Gr.2) et le Prix Dollar (Gr.2). Etalon au Haras Nationaux, il a donné une gagnante de Grand Prix de Deauville : Rosa Bonheur. Kerlor avait gagné le Cambacérès devant le célèbre Le Paillon, lauréat en 1947 de la Grande Course de Haies d'Auteuil... et de l'Arc de Triomphe ! 5 ans après Kerlor, Verdi remportait le Cambacérès, avant de réaliser le doublé avec la Grande Course de Haies d'Auteuil à 4 ans. Verdi a eu son influence sur les pedigrees AQPS du Centre-Est, notamment en qualité de père de mères. Ses filles ont produit Nupsala, et les gagnants de Grand Steeple Isopani et Jasmin II

 

Quart de Vin avec la célèbre casaque Chaudenay. Il a notamment engendré le légendaire Ucello II

 

Il y eut ainsi à travers les années d'autres entiers à gagner le Cambacérès (Gr.1), et bien souvent en alternant avec le plat à haut niveau. En 1955, Nistralin remporte la même année le Prix Lupin (Gr.1) sur les 2100m de Longchamp. Il n'a pas marqué comme étalon. Un peu plus tard, en 1975, le Cambacérès est gagné par l'un des étalons les plus marquants au palmarès : Quart de Vin. Lui aussi d'un bon niveau en plat, puisque lauréat du Grand Handicap de la Manche à Deauville, il remporte la belle course des 3 ans sous les couleurs Chaudenay et l'entraînement Pelat, avant de connaître une brillante carrière au Haras Nationaux. Il est le père de 2 sauteurs de grand renom : Rolling Ball, et Ucello II. Il est aussi diablement efficace en père de mères, notamment dans les grandes souches AQPS du Centre-Est. 

 

Kashnil seul au monde dans le Cambacérès 1979 pour l'entraînement de Jean Laumain

 

Plusieurs chevaux marquent ensuite l'histoire de manière moins perenne. Gagnant de la course en 1977, Tanlas fera une carrière remarquable avec un Ferdinand Dufaure à 4 ans et une 2e place de Grand Steeple à 6 ans. Au haras rien de bon n'en sortira, si ce n'est la gagnante de Chambly Poutine. Lauréat en 1979 pour Jean Laumain après une carrière de plat anecdotique, Kashnil deviendra l'un des meilleurs hurdlers de son époque, mais aussi un échec au haras. Vous ne vous rappelez sans doute pas de Barrio Chino, gagnant de l'édition 1986, puis étalon un bref moment avant sa mort à 9 ans... 2 ans plus tard, les fans de Carlos Lerner se souviendront de Soir de Mai, placé de listed à 2 ans sur le sprint, puis meilleur 3 ans sur les haies d'Auteuil. Il n'a pas marqué au haras... puisqu'il n'a eu qu'un seul produit enregistré ! C'était une autre époque...

 

 

Kadalko et Jean-Yves Beaurain

 

 Les sauteurs un peu plus "classiques" reviennent alors peu à peu. En 1991 et 1992, Kadalko règne sur sa promotion en haies pour Bernard Secly, lui aussi après une modeste pige en plat. Il est par Cadoudal, d'une souche allemande, avec un modèle pour sauter, alliant cadre et puissance. Il produira correctement pour la discipline, avec le gagnant de Gr.1 Notre Père notamment, mais sans imposer sa marque. Il fera mieux en père de mères, avec Rock Noir, Vroum Vroum Mag, Edgeoy, Vanilla Crush, Tout Est Permis... en transmettant pas mal de caractère. Le meilleur arrivera en 1995 avec Villez.

 

Villez et Christo Aubert dans le Cambacérès 1995, dominant Denham Red (tout à gauche)

 

L'alezan de la famille Wildenstein présente un profil remarquable, étant d'une magnifique origine de plat. Après avoir gagné son maiden chez André Fabre, il est dressé en l'espace de quelques semaines à l'obstacle par Jean-Paul Gallorini, et fait très fort en remportant le Cambacérès dans la foulée. Il restera invaincu en obstacle lors de ses 9 premiers parcours, avant de tomber par 2 fois face à la bonne Force Atlantique. Villez a très bien réussi au haras avec de nombreux vainqueurs black types, et est un super père de mères, encore très actuel. A noter que Villez domine dans son Cambacérès, survivant à une enquête des commissaires, avec un certain Denham Red. Lui aussi est devenu un étalon remarquable sans jamais avoir une cote de popularité énorme, donnant Un De Sceaux et Energumène

 

23 ans après Villez, un entier revenait sur la plus haute marche du podium dans le Cambacérès, grâce à Beaumec de Houelle

 

 De Villez en 1993, il a ensuite fallu attendre 2018 pour voir un entier remporter la course, en l'occurence Beaumec de Houelle pour Arnaud Chaillé-Chaillé. Il fut suivi pour le même entraînement de Nirvana du Berlais en 2019. Ceux-ci étaient des purs sauteurs, conçus avec l'idée en tête, et préservé uniquement pour une carrière en obstacle. Ils sont très populaires au haras même si leur production est bien trop jeune pour se faire une idée de leur vrai potentiel. Toutefois, Beaumec de Houelle a laissé entrevoir quelques belles choses avec ses premiers 3 ans. Il faut se dire qu'à travers tout ce 20e siècle, les entiers gagnants de Cambacérès étaient pour la plupart des transfuges du plat, arrivés sur les obstacles par défaut plus que par vision. Cela ne les a pas empêchés d'être bons. On ne peut toutefois pas comparer leurs résultats au haras avec ceux actuels, puisqu'ils amenaient des courants de sang très différents, et souvent plus de vitesse naturelle qu'un pur sauteur conçu comme dans le manuel. Dimanche à Auteuil, nous verrons en tout cas leurs héritiers...

 

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