Hukum, Adayar et Westover étalons au Japon : attention danger !

03/11/2023 - Zoom Etalon
Après Hukum, Adayar et Westover sont annoncés au Haras au Japon. Ainsi, 3 des meilleurs chevaux européens sur la distance classique s'en vont, victimes d'un marché axé sur la vitesse. Il ne faudra pas se plaindre d'être battus par les Japonais dans les grandes joutes internationales des années à venir...

La fuite des talents sur 2400m...attention danger ! (aprh)

 

Le monde est fait de contradictions, et les courses n'échappent pas  à la règle. Tout le monde rêve de gagner l'Arc de Triomphe, la plus grande course du monde au vu des ratings internationaux à 5 reprises sur les 7 dernières années. L'Arc, c'est sur 2400m, et souvent en terrain bien souple. Voilà encore un autre débat, puisque l'on entend parfois qu'il faudrait décaler l'Arc pour le courir sur une piste moins souple. Un non sens (avis personnel), comme si aucun cheval n'aimait les pistes souples, ou perdait tous ses moyens dès l'arrivée de 3 gouttes. Car quand on regarde le palmarès de l'Arc ces dernières années, il n'y a que des champions, qu'il l'ait gagné sous le soleil ou dans la gadoue. Enfin on s'écarte du sujet. 

 

Hukum (aprh)

 

3 des meilleurs chevaux de distance classique de ces dernières années, qui ont d'ailleurs tous couru l'Arc, ont été annoncés ces dernières semaines au haras au Japon : Hukum, Adayar et Westover. Les 2 premiers n'ont pas été vendus, puisqu'ils sont rentrés à "Darley Japan", tandis que Westover a été acquis par la Yushun Stallion Station, sans doute à grands frais. Il y a eu beaucoup de discussions autour de ces 3 chevaux, notamment Westover, qui était sur le marché pour une grosse somme, et qui a suscité en Europe des intérêts pour l'obstacle majoritairement. Hurricane Lane et Pyledriver, 2 autres "bêtes" des 2400m, ont été achetés par Coolmore pour produire des sauteurs, comme le fut l'excellent Crystal Ocean il y a quelques années. Aujourd'hui, l'élevage européen fait face à un grand problème, qu'il rencontre uniquement par la faute du marché. La recherche de la vitesse et du profit immédiat a jeté aux oubliettes les bons chevaux classiques, souvent auteurs de longues carrières, preuve de leur dureté et de leur classe. Il y a quelques années, les haras européens se seraient arrachés ces chevaux-là.

 

 

Adayar

 

Il ne faut pas non plus tirer sur l'ambulance. Les grosses puissances comme Coolmore et Darley sont encore capables de rentrer au haras et de soutenir des chevaux de distance. On peut citer Sottsass, qui ne manque d'ailleurs pas de popularité aux ventes avec ses premiers yearlings malgré son profil classique, Cracksman, qui n'a pas une cote commerciale de folie mais a produit le phénoménal Ace Impact. Celui-ci a d'ailleurs été l'objet d'un vrai pari par la famille Chehboub, qui s'est associée à Serge Stempniak alors que les sirènes étrangères (et notamment du Japon) faisaient le forcing pour l'acquérir. C'est un risque financier certes, mais on n'a rien sans rien, et le cheval fera la monte en France en tant que star, après avoir remporté un Arc de haut vol... et en bon terrain (ça arrive encore !). Pendant ce temps-là, les haras européens rentrent à tour de bras des chevaux de Gr.3/Gr.2 lauréat à 2 ans sur le sprint, à des tarifs concurrentiels. Ces chevaux là saillissent généralement beaucoup, et il y en a finalement très peu qui deviennent des étalons de référence avec le recul. 

 

Camelot, un étalon classique qui a su s'imposer malgré le peu de soutien du marché, mais grâce au soutien de Coolmore

 

Toutefois, ils sont soutenus par le marché au départ, tandis que les chevaux classiques peinent à percer commercialement. Un des exemples les plus frappants est celui de Camelot, phénoménal champion en piste, et père de 11 gagnants de Gr.1 au haras. Il n'y a pas beaucoup d'étalons capables de dépasser les 10 vainqueurs de Gr.1 au Haras, mais pour autant, il n'est pas devenu un cheval sur lequel on compte pour faire les top-prices. Hukum, Westover et Adayar, partagent quelque part ce profil, sans que l'on sache s'ils vont devenir de grands étalons bien sûr... On aurait bien aimé s'en rendre compte en Europe ! 

 

Hukum contre Westover dans les King George, l'une des courses les plus marquantes de la saison tant par son scénario que son niveau général

 

Hukum est un double gagnant de Gr.1 dont les King George, propre frère du grand miler Baaeed. Westover est aussi un double lauréat de Gr.1, et placé sur le podium du Derby d'Epsom, de la Sheema Classic, des King George, Coronation Cup et de l'Arc. Il est un petit fils de Nebraska Tornado, gagnante du Moulin de Longchamp et du Diane. Quant à Adayar, il a réalisé le rarissime doublé Derby/King George, et est également 2e des Champion Stakes (Gr.1) sur 2000m. Ses deux premières mères sont gagnantes de Groupe sur le mile. Les 3 ont montré des rythmes de croisières très élevés, une aptitude à quasiment tous les terrains, et une faculté d'accélération, ainsi qu'une grande dureté et longévité. Bref, tout pour plaire à priori. 

 

Avec Ace Impact, le Haras de Beaumont fait un pari sur le classicisme...et il y a de la place ! (aprh)

 

L'autre problème est celui du prix des étalons sur le marché. Evidemment, les 3 chevaux pré-cités ont une valeur folle sur le marché, si tenté qu'ils soient à vendre. C'était en tout cas le cas de Westover, que des haras français ont essayé d'attirer... mais pour l'obstacle ! Quelle sale manie. Paradoxalement, tout le monde rêve de gagner l'Arc ou le Derby d'Epsom, ce dernier étant devenu la chasse gardée de Coolmore. Mais c'est le serpent qui se mord la queue. Evidemment, le créneau du sprint est plus abordable en matière financière, et des chevaux de très gros handicaps peuvent avec l'âge devenir des cadors de la discipline. Courir le Derby contre Coolmore et Godolphin, c'est un pari osé. Mais comment peut-on le réussir si on ne s'attache même pas à produire des chevaux dits "classiques" ?!! 100% des gagnants ont tenté leur chance, et quand on regarde un cheval comme Ace Impact, on se rend compte qu'il ne faut pas seulement sortir des sommes folles pour obtenir des chevaux du genre, il faut aussi oser et avoir la bonne dose de chance... et ça se provoque ! 

 

11 gagnants de Gr.1 étaient au départ de l'Arc 2023...(aprh)

 

Si les courses sont un business, et qu'on ne s'achète pas à manger avec de belles idées, il ne faut pas en oublier la notion de plaisir et d'amélioration de la race. Les Japonais, qui ont une industrie florissante, ont construit leur réputation avec des chevaux toutes distances, mais surtout classiques, qui sont aujourd'hui capables de gagner n'importe quelle belle course à l'international. On peut se protéger en disant qu'ils n'ont pas encore gagné l'Arc, mais le fait est que quand ils envoient un champion, ils font l'arrivée, et que leur jour viendra tôt ou tard. A quelques rares exceptions, on n'élève pas un cheval de Derby et d'Arc avec un sprinter. Et dans un autre paradoxe, les 2 étalons du siècle, Galileo et Frankel (d'ailleurs père de Westover et Adayar) sont des chevaux qui produisent classiques. 

Il paraît qu'abondance de biens ne nuit pas. Bien évidemment il faut des sprinters au haras, comme des milers, et donc des chevaux classiques... pour le plat ! Il va falloir maintenant trouver un équilibre entre les lois du marché et celles du bon sens pour que les courses gardent leur saveur et leur attrait.

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