Philippe, l'autre Couderc, deuxième pilier de l'Élevage de Lagarde

03/04/2020 - Focus Elevage
À l’évocation du nom « Lagarde », le patronyme de la famille Couderc résonne immédiatement dans nos esprits. Si Paul est très connu du microcosme hippique en tant que Président du Syndicat Anglo Course, la réussite de l'élevage familial est également à mettre à l’actif de son frère, Philippe, qui s’occupe au quotidien des chevaux sur les hauteurs d’Aurillac, dans le Cantal. 

Philippe, Odile et Paul Couderc, les piliers de l'Élevage de Lagarde

 

Ils ont beau être du même sang, Paul et Philippe Couderc n’en demeurent pas moins différents en bien des points. L’un s’est orienté vers de longues études avant de prendre les rênes d’un grand laboratoire d’analyses médicales, près de la clinique d’Aurillac. L’autre a souhaité travailler avec son père sur l’exploitation familiale de Lagarde, dans le Cantal, dès ses 18 ans. L’un est un inconditionnel de la chanson « I Will Always Love You » de « The Voice » Withney Houston. L’autre est plus du genre à « allumer le feu » sur un titre de Johnny Hallyday ou à écouter « sans contrefaçon » l’icône Mylène Farmer. Le seul point sur lequel nos deux hommes se rejoignent reste bien celui qui a trait  aux chevaux et à l’élevage.

 

Philippe et Paul Couderc, deux frères unis par la même passion: celle des chevaux !

 

En effet, Paul et Philippe sont aujourd’hui à la tête de l’Élevage de Lagarde, initié par leur grand-père, Pierre, avant d’être repris par leur père, prénommé Pierre également, qui lui s’est notamment focalisé sur les Anglo-Arabes de sport mais également de courses. Une passion que ses fils ont développée à leur tour mais peut-être arrivée plus tardivement chez Philippe. « Jusqu’à l’âge de 12/14 ans, j’avais une peur bleue des chevaux. Sans que je puisse l’expliquer, je perdais tous mes moyens au contact de ces bêtes-là. Il faut dire que c’est impressionnant de se retrouver à côté d’eux : c’est grand, c’est costaud… Et puis un beau jour on m’a mis sur le dos d’un cheval et, petit à petit, je prenais du plaisir, j’avais moins d’appréhension au fil des sorties et j’ai fini par oublier cette peur. C’est là que la passion pour les chevaux et l’élevage s’est déclenchée. Quand Paul est parti à la fac, j’ai décidé de rester travailler avec mon père, qui avait quelques problèmes de santé, sur l’exploitation familiale, notamment dans le commerce de chevaux de trait. Mais on a vite laissé tomber ce marché au vu du nombre d’impayés que cela occasionnait. On s’est donc essentiellement tourné vers l’élevage d’Anglo-Arabes destinés aux concours hippiques mais également aux courses ».
 
 
 
L'entrée de l'Élevage de Lagarde, ornée de la casaque verte et bleue familiale
 
 
La ferme de Lagarde se situe sur les hauteurs d’Aurillac, à Reilhac très précisément, et s’étend sur quelques 70 hectares où Philippe s’« occupe au quotidien d'un troupeau de vaches Salers, propres à la région, en plus d’une vingtaine de chevaux à l’année : des juments, des deux ans et quelques chevaux sortis de l’entraînement et qui ont besoin de repos. Tous Anglo-Arabes car ils sont plus rustiques et plus résistants au climat de la région que les pur-sangs et les AQPS, qui eux vont chez Patrick Joubert dans l’Allier. Je suis seul à gérer tout ce petit monde mais j’ai tout de même un salarié à mi-temps : Robin Aubert, un bon p’tit gars provenant du concours hippique qui est là pour m’aider tous les matins et qui vient débourrer les deux ans pendant l’hiver. Je peux également toujours compter sur Paul et Odile, ma belle-sœur, qui viennent me donner un coup de main tous les week-ends et dès qu’ils en ont l’occasion. On s’entend très bien. Même s’il nous arrive de ne pas être d’accord sur certains points, nous faisons en sorte de travailler main dans la main pour que l’élevage se porte du mieux que possible ».
 
 
 
Le domaine de Lagarde, riches terres d'élevage pour chevaux...
 
 
Mais, comme toute activité inhérente au cheval de courses, tout n’a pas toujours été rose pour la famille Couderc, Paul et Philippe ayant dû faire face à des situations très délicates, comme nous le rappelle ce dernier : « Comme tout éleveur qui se respecte, on a connu des temps très compliqués avec mon frère. Le début des années 2010 reste, pour le moment, la pire période que nous ayons traversée. Tous les foals nés cette année-là sont tombés malades. Au début, je pensais qu’il s’agissait de la gourme. Mais j’ai vite compris que c’était quelque chose de totalement différent : les foals ne tétaient plus, ne mangeaient plus, souffraient des articulations, avaient des difficultés à respirer… En bref, ils faisaient peur à voir et étaient tous au plus mal, à tel point que l’on pensait tous les perdre ! J’ai fait au mieux avec les vétérinaires de la région pour « retarder » l’échéance, et c’est Paul qui est parvenu à identifier le problème en sollicitant un confrère vétérinaire de l’Allier. Il s’agissait en fait de la rhodococcose. Une belle saleté, dont on ignorait l’origine et les moyens pour la soigner à l'époque… Un peu comme nous aujourd’hui avec le Covid-19 vous me direz ! On a ainsi pu trouver la marche à suivre pour soigner les foals en important un vaccin et du sérum depuis l’Angleterre. Et avec ce traitement assez lourd pour de tous jeunes chevaux (une injection tous les cinq jours et ce pendant huit semaines), on a pu les sauver. Depuis, tous les chevaux sont vaccinés contre la rhodococcose et, fort heureusement, il n’y a plus eu d’autres cas à la ferme. Mais ce ne sont pas les seuls problèmes auxquels nous avons été confrontés. Il arrive parfois, malheureusement, que l’un de nos produits tombe au champ d’honneur, des chevaux que l’on a fait naître et élevés à la ferme et dont la disparition nous a fait mal au cœur, comme Rime de Lagarde qui s’est fracturée la jambe en cross lors du meeting de Pau 2011 ».
 
 
 
... et bovins !
 
À force de travail, de patience, de persévérance, et d’un peu de chance, les frères Couderc sont parvenus à redresser la barre ensemble. Les résultats de ce début d’année 2020 sont là pour le prouver : déjà six victoires et autant de places acquises en un peu moins de trois mois de compétition, que ce soit en province ou en région parisienne, dans les épreuves pour Anglo-Arabes ou pour les « purs ». Ainsi, Galien de Lagarde, Farnese de Lagarde et Frascati Lagarde, pur produits de leur élevage, se sont illustrés aussi bien en haies qu’en steeple et se présentent comme de très bons éléments de l’Anglo-Arabie en obstacle. Tout comme Pamela des Mottes chez les « purs », elle qui s’est imposée de très belle manière dès sa première tentative sur l’hippodrome du Putois à Compiègne, dans le convoité Prix d’Essai des Pouliches. « Ah, elle c’est une histoire sympa ! Elle n’est pas née à la maison mais chez la famille Poirier, en Anjou. Mais Paul est allée la voir là-bas et la pouliche lui a tapé dans l’œil (N.D.L.R. : Paul Couderc est aujourd’hui associé sur la pouliche avec l’EARL des Mottes et son entraîneur, François Nicolle). Et c’est ainsi qu’elle a débarqué à la ferme en avril 2018. Une histoire originale parce que je n’accueille aucun pur-sang à l’élevage : ils ne sont pas assez robustes pour résister aux 1.500m d’altitude et au climat de la région, surtout en hiver avec le froid et la pluie. Mais je l’ai gardée et élevée de la même manière que nos Anglos. Comme je pratique beaucoup le pâturage tournant, elle est restée tout le temps dehors jusqu’au mois de décembre de la même année avant d’être régulièrement rentrée au boxe pour l’hiver jusqu'au mois de mars 2019. Elle est ensuite restée au pré en permanence, dès l’arrivée des beaux jours, et ce jusqu’au mois de juillet où elle est finalement partie au débourrage pré-entraînement chez Yann Creff à Mont-de-Marsan ».
 
 
 
Pamela des Mottes, une "pur" élevée à la mode Anglo
 
 
Un homme simple, travailleur, qui dédie sa vie à la plus belle conquête de l’Homme et à faire perpétuer avec Paul, son frère, une tradition familiale née voici trois générations. « Même si ça semblait compliqué quand j’étais plus jeune, les chevaux sont devenus ma passion. J’adore m’en occuper tous les jours en plus de mes vaches, être en contact permanent avec la nature. Voir des produits nés à la maison remporter des courses et qui durent ou ont duré avec le temps, comme Predator (5 victoires et 27 places) et Nasir de Lagarde (11 victoires et 35 places en 49 sorties publiques), mes deux chevaux de cœur, provoque une grande satisfaction. Surtout quand tout le travail pour en arriver là a été fait en famille ». 
 
 
 
Nasir de Lagarde, l'un des chevaux de coeur de Philippe Couderc

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