Iffraaj signe le jumelé des 3 ans à Cagnes: Qui est vraiment le père de Wootton Bassett ?

21/01/2021 - Zoom Etalon
Les 2 maidens réservés aux 3 ans hier à Cagnes ont vu les victoires impressionnantes de 2 produits d'Iffraaj. A 20 ans, l'étalon de Darley, stationné en Angleterre, poursuit un destin assez particulier vers les sommets, lui qui est parti de rien au Haras, et que toute la France connaît surtout comme le père d'un certain Wootton Bassett. 

Mais qui es-tu vraiment Iffraaj ? 

 

Iffraaj... Pour la plupart des amateurs de courses, l'étalon de Dalham Hall Stud est un nom reconnaissable, et pourtant, au delà des éleveurs, peu de gens connaissent vraiment le père de Wootton Bassett. Car oui, commençons par là, Iffraaj peut se targuer d'être le père de l'étalon le plus convoité en Europe à l'heure actuelle, qui vient de rejoindre Coolmore Stud en grande pompe, où il fera la monte à 100 000 € la saillie. Tout le monde en revanche connaît le destin de Wootton Bassett : un excellent 2 ans, rentré dans un certain anonymat au Haras d'Etreham, recruté alors contre toute attente par Nicolas de Chambure. Il a commencé à 6000 €, ne saillissant que peu, avant de sortir Almanzor, et la machine s'est alors lancée. Aujourd'hui, Wootton Bassett est une super-star, qui a réalisé un exercice 2020 hors du commun, et est devenu la recrue phare de l'une des plus prestigieuses stations d'étalons au monde. Mais avant le fils (et même les petits-fils!), il y a eu le père, Iffraaj, qui à 20 ans fait toujours parler de lui, et continue contredire tous les pronostics. 

 

Wootton Basset est une star partie de rien...comme papa ! 

 

Hier à Cagnes sur Mer, Iffraaj est le père des deux gagnants de maidens pour 3 ans, le poulain Vizeli, un neveu de Vazirabad qui porte les couleurs du prince Aga Khan, et Dream Of Change, une nièce d'Indonésienne, qui défend la casaque de Lordship Stud, ses co-éleveurs avec l'écurie des Monceaux. Evidemment, cela fait bien longtemps qu' Iffraaj sort des bons chevaux, mais deux bons gagnants en France, c'est l'occasion d'en parler un peu plus. En effet, Iffraaj s'est finalement fait bien plus connaître en tant que reproducteur qu'en tant que cheval de course. Elevé par Darley, il a commencé sous la casaque de Sheikh Ahmed Al Maktoum, l'oncle de Sheikh Mohammed, et l'entraînement de Michael Jarvis. Cheval de vitesse, à l'aise entre 1200 et 1400m, Iffraaj a gagné son maiden à 2 ans, avant de passer par la voie des gros handicaps à 3 ans, celle qui mène souvent vers les groupes, après avoir façonné des chevaux durs. Ainsi, Iffraaj a remporté son 1er Gr.2, les Park Stakes, en septembre de ses 3 ans, avant de passer sous bannière Godolphin chez Saeed Bin Suror. A 4 ans, il a encore progressé en remportant 2 Gr.2, et surtout en se classant 2e de la July Cup derrière le champion Les Arcs.

 

Dream Of Change, un nom à retenir pour le printemps classique (© André Viguier)

 

Iffraaj est rentré étalon à 5 ans à 12 000 € la saillie à Kildangan Stud en Irlande. Il n'était pas gagnant de Gr.1 certes, mais pouvait se targuer d'un pedigree en béton armé. Sa mère, Pastorale, fut une poulinière prolifique, donnant naissance à 11 vainqueurs en 12 partants, dont Iffraaj, mais aussi Farraaj, gagnant de Gr.3 et 2 fois placé de Gr.1, ou encore la gagnante de groupe Kareymah. Pastorale est morte à 32 ans en 2020. Gagnante de deux courses, elle était surtout une fille de la grande Park Appeal, une double gagnante de Gr.1 devenue une extraordinaire poule aux oeufs d'or, avec 9 gagnants en 9 partants, dont le champion Cape Cross, crack des pistes devenu un grand étalon. On lui doit notamment Sea The Stars et Golden Horn, deux des plus grands classiques du 21è siècle. Park Appeal est aussi la grand-mère de Diktat, un sprinter de haut vol devenu le père du bien connu Dream Ahead. La lignée contient aussi les championnes Shadayid et Russian Rhythm. Malgré ce profil, Iffraaj n'a pas été très bien accueilli au Haras, et a vu son prix de saillie descendre jusqu'à 6000 € en 2010, l'année où tout a changé. 

 

Park Appeal, une poule aux oeufs d'or dont Iffraaj descend en ligne directe 

 

Antonin Pelsy, responsable commercial de Darley pour la France, nous explique: " Malgré son pedigree et ses performances, Iffraaj a assez peu sailli en début de carrière. Tout a changé en 2010 avec ses premiers 2 ans. En dépit d'un nombre moins important de poulains que d'autres étalons, il a sorti 39 gagnants dès sa première génération, ce qui a contribué à lui donner sa popularité. C'est un vrai "self made stallion", comme l'est aussi son fils Wootton Bassett, qui fait d'ailleurs partie de cette première génération. Iffraaj est aujourd'hui très populaire, et garde une belle moyenne avec ses yearlings aux ventes. 2021 sera une année importante, avec une grosse génération de 2 ans, conçue avec une saillie à 40 000 £, er de très bonnes juments. Il est aussi extrêmement populaire en Nouvelle Zélande, où il n'a pas fait le shuttle en 2020 pour la 1ère fois. Sa réussite est assez égale dans les deux hémisphères, ce qui n'est pas toujours une évidence, même pour les plus grands étalons. Il donne beaucoup de vitesse, mais aussi des chevaux de 1600m qui durent comme lui, à l'image de Ribchester ou Rizeena."

 

le champion Ribchester fait partie des étalons de première production les plus attendus en 2021 (APRH)

 

En effet, Iffraaj, à la faveur de sa montée en puissance, est devenu le père de 10 gagnants de Gr.1 à ce jour, dont le champion Ribchester, gagnant de Gr.2 à 2 ans qui a progressé à 3 ans en remportant le Jacques le Marois (Gr.1), et encore à 4 ans en enlevant 3 Gr.1 ! On connaît aussi Rizeena, gagnante ultra-précoce des Queen Mary Stakes (Gr.2) à Ascot, puis des Moyglare Stakes (Gr.1) à l'automne de ses 2 ans, avant de gagner un Gr.1 sur le mile à Royal Ascot à 3 ans, les Coronation Stakes. Avec de nombreux vainqueurs de groupes, et un taux de réussite de 53% de gagnants/partants outre-Manche, Iffraaj est une référence, et s'affirme comme père de pères avec donc le formidable Wootton Bassett, mais aussi Hot Streak, un étalon déjà assez confirmé qui vient de rejoindre le Haras d'Annebault en France. Ribchester, quant à lui, fait l'objet d'immenses espoirs du côté de Darley, avec ses premiers 2 ans en piste en 2021. Cette génération comporte 123 éléments, et en tant que meilleur fils d'Iffraaj, il est légitime de penser qu'il peut faire de grandes choses. Iffraaj commence aussi à s'affirmer comme père de mères, ses filles ayant déjà donné la championne de l'hémisphère Sud Melody Belle (11 victoires de Gr.1), mais aussi Skardu (gagnant de Gr.3, 3e des 2000 Guinées 2019), et les gagnants de groupes Dubai Station et Breathtaking Look

 

La crack aux 11 Gr.1 Melody Belle, preuve vivante de l'influence d'Iffraaj dans l'hémisphère sud 

 

Iffraaj n'est donc pas celui qui fait le plus de bruit, mais il est au regard des chiffres et de son héritage grandissant une vraie référence européenne... et néo-zélandaise ! Il est déjà le père de l'étalon européen le plus convoité, alors qu'il est lui-même le seul fils du crack Zafonic à avoir vraiment réussi au Haras. Iffraaj, avec le contexte actuel, a vu son prix de saillie passer à 20 000 £, ce qui reste une somme, mais représente un tarif assez accessible pour un étalon confirmé de haut niveau. Vous l'avez encore vu hier à Cagnes, il lui reste quelques belles années à venir ! 

 

Le nom d'Iffraaj n'est pas prêt de s'éteindre...


On en parle dans l'article

Voir aussi...

Un Hellenistique conquérant dans un Qatar Derby à la sauce française

Épreuve déjà remportée l'an dernier par le "FR" Pedro Cara, le Qatar Derby (Gr.1) n'a pas non plus échappé en 2020 à un autre cheval né, élevé et entraîné en début de carrière en France, en l'espèce d'Hellenistique, un fils de Wootton Bassett issu de l'une des plus vieilles souches du Haras d'Etreham, qui est parvenu à dominer, au prix d'une longue et belle accélération, King Pacha, né et élevé quant à lui au Haras de Montaigu.