C'était le monde de Galileo, et nous vivons encore dedans.

11/07/2021 - Zoom Etalon
Le roi des étalons, Galileo, s'est éteint hier à l'âge de 23 ans. Tout a toujours réussi à celui qui aura changé le monde des courses tel que nous l'avions connu, qui a battu tous les records, et qui prouve de plus en plus que la relève est assurée... Rendons hommage à celui qui avait tout pour être grand, et qui n'a pas loupé sa chance de changer l'histoire, pour la faire sienne. 

Galileo, 1998 - 2021. 

 

Galileo avant le haras : l'étincelle avant la flamme 

Quand on pense Galileo, on pense bien sûr à l'étalon, mais ce ne serait pas le respecter à sa juste valeur que d'omettre sa carrière de course. Beaucoup, moi le premier, pensent que pour faire un grand étalon, il faut un grand cheval de course, ou au moins observer un éclair de génie à un moment précis de sa carrière. Né de l'union entre le grand Sadler's Wells et Urban Sea, à l'époque où la famille Tsui était proche de Coolmore (co-élevé avec Orpendale, entité de la famille Sangster), Galileo a été confié à un jeune Aidan O'Brien, qui n'en était qu'aux prémices de sa grande épopée avec Coolmore. Dans de nombreuses interviews, le meilleur entraîneur européen actuel a coutume de dire que ce cheval a été le déclencheur. Toute personne qui entraîne pour de tels propriétaires ne court qu'après une seule gloire : Le Derby. Galileo sera la première des 8 étoiles d' Aidan. 

 

 

Galileo, désinvolte vainqueur d'un Derby d'Epsom qui restera dans les mémoires

 

Pour sa seule course à 2 ans, le jeune prince laissera son plus proche rival à 14 longueurs. Les jalons sont posés. Les attentes sont énormes, mais Galileo ne fera qu'y répondre, restant invaincu jusqu'au Derby. Il y effectue une démonstration, déposant ses rivaux sur une simple accélération à mi-ligne droite, avant de filer au poteau arrêté par Mick Kinane. L'écart aurait pu être plus important, mais l'important est là. Le Derby est le test ultime pour un cheval, mêlant vitesse, tenue, pugnacité... Galileo était tout cela, l'incarnation même de cette volonté d'être le premier au poteau, une étincelle bénie des dieux qu'il aura su transmettre à ses rejetons. L'Irish Derby et les King Georges tombent ensuite dans son escarcelle, avant qu'il ne soit battu pour la première fois de la plus courte des tête dans les Irish Champion Stakes par son éternel rival Fantastic Light. Si vous n'avez jamais vu cette lutte, cela vaut le détour. Galileo terminera sa carrière de course sur un échec dans la Breeders' Cup Classic mais peu importe, les plus malins observateurs avaient sans doute déjà compris que l'aventure ne faisait que commencer. Cependant, personne n'aurait imaginé, à commencer par Coolmore, que son futur au haras serait celui d'un géant. 

 

 

Au Haras : Coolmore et la bonne étoile

En 2002, Galileo débute au haras à 50 000 anciennes livres irlandaises, soit environ 65 000 €. C'est déjà énorme, mais personne n'aurait été capable de prédire ce destin exceptionnel. Le géant irlandais le sait, le patriarche Sadler's Wells est plus près de la fin que du début, et on cherche ses successeurs. Galileo est soutenu d'emblée, notamment par un certain Jim Bolger, qui avait déjà le nez fin à l'époque. Il lui permet le 17 juillet 2005 de faire son premier gagnant en Europe, avec un certain Heliostatic, qui fut ensuite étalon en France. Dès sa première génération, il sort la gagnante des Guinées Irlandaises Nightime, mais aussi un gagnant de St Leger, le plus vieux classique anglais, Sixties Icon. On a déjà devant nous un aperçu de tout son talent et de son génie, faire des chevaux de très haut niveau sur toutes les distances. Si le scientifique en l'honneur duquel il avait été nommé ne pouvait que regarder les étoiles, Galileo a su les créer. Chapeau bas. 

 

Nightime, première des 92 gagnantes de Gr.1 de Galileo. Elle est devenue la mère du meilleur cheval de l'année 2020, Ghaiyyath. 

 

 

La suite sera animée par un seul et même objectif : repousser ses limites. Galileo le faisait encore. 12 fois tête de liste entre 2008 et 2020, il se sera permis le luxe de dépasser l'illustre Danehill dans le registre des gagnants de Gr.1. Avec Bolshoi Ballet qui a gagné le Belmont Derby (Gr.1) cette nuit, il pointe maintenant à 92 gagnants de Gr.1 individuels, dont 46 en ont remporté plusieurs. Ses rejetons ont collecté 193 courses de Gr.1 dans 10 pays, sur 16 distances. Polyvalents. La liste de ces champions comporte des noms inoubliables : Frankel, Highland Reel, Australia, Waldgeist, Teofilo, Nathaniel, Minding, Magical, Love... et il nous reste quelques années pour en avoir d'autres ! Evidemment, s'offrir le "King" avait un prix, privé certes, mais qui avoisinait les 600 000 €. Cependant, il ne saillissait quasiment que les juments maison, ou de l'extérieur dans le cadre de foal-sharings. Un propre frère de Waldgeist est par exemple né cette année, peut-être l'une de ses dernières perles.

 

Frankel, le meilleur cheval de l'histoire, est la parfaite illustration de ce que transmettait Galileo. 

 

Aujourd'hui Galileo compte 1558 gagnants différents, dont 338 gagnants black-types. Il a 39 gagnants classiques, et est maintenant à 41, puisque Joan Of Arc a gagné le Diane et Empress Josephine les Guinées Irlandaises. On pourrait ajouter un certain Guitar Man, qui a remporté le Derby Polonais il y a une semaine... Quand on vous dit qu'ils savent tout faire ! La production de Galileo avait amassé un peu plus de 283M de $ autour du monde. 

 

 

VOIR LES STATISTIQUES COMPILEES DE GALILEO

 

 

Un empire qui va durer 

Si l'on pleure la mort de Galileo, on sèche nos larmes en sachant que son héritage est assuré. Pendant très longtemps, les esprits critiques (qui ne savent d'ailleurs faire que ça), ont dit que Galileo n'était pas un bon père de pères. Cependant, 20 de ses fils sont pères de gagnants de Gr.1 : Adelaide, Australia, Cima de Triomphe, Frankel, Galiway, Heliostatic, Intello, John Kennedy, Kingsbarns, Nathaniel, New Approach, Noble Mission, Rip Van Winkle, Roderic O'Connor, Ruler Of The World, Sixties Icon, Soldier Of Fortune, Teofilo, Treasure Beach et Yazamaan. Prenons le "problème" à l'envers. Il fut un temps où tout le monde courait après le moindre Galileo qui avait montré le bout de son nez en piste, et on sait bien que le nombre ne fait pas toujours la qualité. 

 

Frankel marche pour l'instant sur les traces de son père, et est l'un de ses 20 fils à avoir produit un gagnant de Gr.1

 

Cette année 2021 est toutefois un véritable déclencheur. New Approach prend un nouveau départ, tout comme son fils Dawn Approach, qui est un petit fils de Galileo donc. En France, Galiway a été l'étalon qui a le plus sailli avec 169 juments et tient le leadership des étalons de 3e génération. La lumière vient aussi et surtout de Frankel. Le meilleur cheval de l'histoire bat tous les records en 2021, et marche à grand pas sur les traces de papa. Il fait même mieux que lui au même stade, étant tout simplement l'étalon le plus rapide de l'histoire du sport à donner 50 gagnants de groupe différents ! Il compte déjà 17 gagnants de Gr.1, et compte cette année sur Adayar et Hurricane Lane, qui ont fait le doublé de Derby (Angleterre et Irlande), mais aussi la belle Snow Lantern, qui a gagné une grande édition des Falmouth Stakes (Gr.1) hier sur 1600m. Polyvalence encore une fois, telle est la caractéristique de la lignée ! 

En père de mères également, Galileo s'affirme. Au 1er janvier 2021, 33 de ses filles avaient déjà donné un gagnant de Gr.1. Elles sont à l'origine de Sottsass, Sistercharlie, Us Navy Flag, le jeune étalon star Night Of Thunder, Saxon Warrior, La Cressonnière, mais aussi du meilleur cheval mondial actuel selon les ratings : St Mark's Basilica. Vous l'aurez compris, on regrettera le passé, et on pleure au présent, mais on sourit en regardant vers l'avenir. 

 

La petite guerrière Found emmenait en 2016 un trio 100% Galileo dans l'Arc (APRH)

 

Et en France, quésaco ? 

En tant que grand pays de course et d'élevage, la France dit aussi merci à Galileo. Ses rejetons ont gagné 30 Gr.1 dans l'hexagone, dont 2 Arc de Triomphe, avec Waldgeist et Found. Cette dernière emmenait en 2016 un trio gagnant de produits de Galileo avec Highland Reel et Order Of St George !

Nous recensons à l'instant T 13 fils de Galileo sur notre sol, avec 3 qui sont déjà père de gagnants de Gr.1 : Intello (Haras du Quesnay),  Ruler Of The World (Haras de Bouquetot), et le très prometteur Galiway (Haras de Colleville). Nous comptons également dans nos rangs un certain Magneticjim (Haras de la Haie Neuve) qui est le seul Galileo gagnant à Auteuil ! Ce sont en tout 22 étalons qui transportent le sang de Galileo en France, avec des jeunes, des vieux, des p'tits, des grands, des noirs, des blancs... Oups, on s'égare. La versatilité de Galileo et sa production lui ont permis de s'installer durablement dans le paysage mondial, et cela va durer des années encore, pour notre plus grand bonheur. Il y a des choses qui ne doivent pas s'éteindre, le nom de Galileo en fait partie. 

 

Fils de Galileo stationné à Colleville, Galiway a été l'étalon français le plus populaire auprès des éleveurs en 2021 avec 169 saillies !

 

Un "poney" au grand coeur, et à la classe inégalable

Au delà des records, des limites repoussées, ce qui frappe chez Galileo est finalement sa grande simplicité. Les chanceux ayant pu le rencontrer, et merci le ciel j'en fais partie, ont découvert avec stupeur un cheval pas si impressionnant. Quand on découvre Galileo, on voit un petit cheval, un "poney" comme on dirait dans le jargon, qui est finalement très commun. En allant à la rencontre d'un tel monstre sacré, on s'attend à tomber le cul par terre devant sa grandeur, mais non. Excessivement calme, très gentil, Galileo est finalement un cheval comme un autre, sans toutefois l'être. Ses produits sont "signés", excellents marcheurs, avec un mental d'acier, et une immense volonté de gagner, ce qui change souvent la donne. Galileo s'est éteint à 23 ans, paisiblement, sans savoir que son nom ne sera jamais effacé de l'histoire. Il n'y a pas de barrière que ce petit cheval à la classe inégalable n'aura pas su franchir. Il a remodelé les contours de l'élevage tel qu'on le connaît, et changé la face des courses à jamais. Le roi est mort. C'était le monde de Galileo, et bien heureusement, nous vivons encore dedans. 

 

Galileo à Coolmore Stud en novembre 2019. Nous avions eu la chance de rencontrer le roi en dehors de son box, un privilège qui restera gravé dans nos mémoires ! 

 

 

 


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