Kentucky Derby, 150 ans d'histoire de la plus célèbre course du monde

04/04/2024 - Découvertes
Dans un mois aura lieu la 150e édition du Kentucky Derby. « The Run For The Roses » a su traverser les âges, les guerres et les tempêtes pour s’ancrer profondément dans le cœur des américains et devenir un véritable symbole populaire.

 L'une des photos les plus emblématiques des courses, Secretariat remportant le Kentucky Derby 1973 devant les tribunes combles de Churchill Downs

 
 

1875 : la jeune Amérique veut imiter la vielle Europe
 
Petit rappel historique : les Etats-Unis d’Amérique tels que nous les connaissons actuellement voient le jour en 1776. Une histoire très jeune si l’on compare aux pays européens. A cette époque, de nombreux écrits témoignent d’une présence massive de chevaux dans les vertes vallées du Kentucky, qui de par son climat, son paysage et ses ressources naturelles est un lieu idéal pour l’élevage équin. Dès la fin du 18e siècle, des courses de chevaux sont organisées dans les campagnes de l’état, sans organisation claire ni hippodromes. En 1872, de retour d’un voyage en Europe où il a rencontré les principaux acteurs de l’industrie du pur sang en France et en Angleterre, Meriwether Lewis Clark Jr proposera de créer le Jockey Club de Louisville, afin d’organiser des courses entre les meilleurs chevaux locaux. Deux ans plus tard, sur les terres de ses oncles John et Henry Churchill, sort de terre l’hippodrome de Churchill Downs.
 
 
   M. Lewis Clark, le père du Kentucky Derby
 
 
Voyant l’immense succès populaire suscité par le Derby d’Epsom en terres anglaises, William Clark Jr veut créer un équivalant dans son état. C’est ainsi qu’en 1875 aura lieu la toute première édition du Kentucky Derby. Comme en Angleterre, le Derby version américaine se dispute initialement sur la distance de 2400 mètres. Ce n’est que lors de la 11e édition que sa distance sera abaissée à 2000 mètres. La première édition est une véritable réussite, plus de 10 000 personnes sont présentes pour assister à un affrontement entre les 15 meilleurs 3 ans de l’état. Tout un symbole, dans une Amérique ségrégationniste, c’est un jockey noir, Oliver Lewis qui remporte la course en selle sur Aristides. Ce dernier faisait partie des deux partants présentés par Price McGrath, et était le leader de son autre concurent Chesapeake. A mi-ligne droite finale, Oliver Lewis qui n’était pas censé gagner se retourna circonspect vers les tribunes et vit McGrath agiter frénétiquement les bras pour lui dire de donner le maximum. Le petit cheval alezan permis alors à son entourage d’empocher les $2,850 promis au vainqueur et de rentrer par la même occasion dans l’histoire. 
 
 
Oliver Lewis, le tout premier vainqueur du Derby en 1875
 
 
Début XXe : loi anti-pari, première Triple Couronne et Guerres Mondiales
 
Année après année, le Kentucky Derby gagne en popularité et devient un évènement national. En 1904, la rose devient la fleur officielle de l’épreuve, et le gagnant se voir remettre une immense couronne de fleur à son retour aux balances. Quatre ans plus tard le Congrès américain vote une loi anti-pari, qui aura pour conséquence inévitable une baisse des prix et une réduction des courses. Dès lors, nombre de jockeys vedettes et propriétaires fortunés fuient le pays pour venir en Europe, notamment en France (relire l’article sur l’âge d’or des jockeys américains en France). Malgré ces difficultés économiques, auxquelles il faut ajouter la Première Guerre Mondiale, le Kentucky Derby tient bon et continue à avoir lieu le premier samedi de mai.
 
 
   Le Kentucky Derby 1917
 
 
Au sortir de la Grande Guerre, la loi anti-pari est finalement abrogée ce qui redonna un nouvel élan à l’industrie des courses américaine. En 1919, pour la première fois, un cheval nommé Sir Barton réussit à remporter le Kentucky Derby, les Belmont Stakes et les Preakness Stakes. En 1930, Gallant Fox réédite l’exploit en remportant ce triptyque, qui fut officiellement nommé « Triple Couronne » cette année-là. En 1945 durant la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement fédéral interdit  les courses de chevaux et de chiens. Les trains qui servaient habituellement à acheminer les chevaux aux courses sont réquisitionnés pour l’effort de guerre, l’électricité et le fuel sont alloués pour l’industrie. Ces mesures ont suscité une énorme gronde populaire, et finalement, le Kentucky Derby fut décalé pour la première fois de son histoire mais se courra bel et bien.
 
 
   Sir Barton, le tout premier vainqueur de la Triple Couronne de l'histoire
 
 
Derby moderne : entre légendes …
 
A l’heure actuelle, 149 chevaux ont ajouté leur nom au palmarès du Kentucky Derby, et parmi eux on retrouve 3 femelles ! La première d’entre elles remporta le « Run For The Roses » en 1915. Son éleveur l’avait nommée Regret car il souhaitait voir naitre un mâle. Le destin le consola puisque sa pouliche domina 18 rivaux masculins dans la course la plus prisée de l’année. Il fallu ensuite attendre 65 ans pour voir Genuine Risk triompher en 1980. Elle devint la première femelle de l’histoire à monter sur le podium des épreuves de la Triple Couronne. Huit ans plus tard, ce fut au tour de Winning Colors une protégée du légendaire D. Wayne Lukas d’ajouter son nom au palmarès de la course.
 
 
 Regret, la première femelle au palmarès du Kentucky Derby
 
 
Comment évoquer le Kentucky Derby sans citer le nom de Secretariat. Véritable icône nationale outre-Atlantique, son aura dépasse les frontières de son sport. En 1973, « Big Red » devient le tout premier cheval de l’histoire à parcourir les 2000 mètres en moins de 2 minutes. Cinquante ans plus tard ce record tient toujours. Cinq ans plus tard, un autre cheval de légende rentra dans la grande histoire des courses. Associé au jockey français Jean Crugnet, Seattle Slew fut le premier à remporter la Triple Couronne en restant invaincu en carrière. Il sera imité plus tard par un certain Justify. Cette épreuve étant une « stallion making race » la liste des reproducteurs de génie au palmarès est impressionnante. On retrouve des noms comme Northern Dancer, Sunday Silence, War Admiral, Seattle Slew, et Justify qui connait un début de carrière au haras impressionnant.
 
 
Seattle Slew et le français Jean Crugnet
 
 
… et scandales
 
L’histoire du plus vieil évènement sportif des Etats-Unis est également émaillée de scandales et de controverses. En 1957, le futur jockey Hall of Famer Bill Shoemaker confond le poteau des 100 derniers mètres avec le poteau d’arrivée, et célèbre trop prématurément. S’apercevant de son erreur, il se remet à pousser, mais en vain. Son cheval Gallant Man fut devancé au passage du poteau d’un nez seulement par Iron Liege. Plus proche de nous, Maximum Security le grand favori de l’édition 2019 remporte la course, mais deviendra quelques minutes plus tard le tout premier cheval de l’histoire de la course à être disqualifié, à cause d’une gêne dans le dernier virage. En 2021, Medina Spirit s’impose sur la piste mais est finalement distancé quelques semaines plus tard pour un contrôle positif au bétaméthasone. Après plus d’un an de bataille judiciaire, la juridiction du Kentucky acte sa décision, Medina Spirit est disqualifié, le vainqueur officiel devien Mandaloun. A l’heure actuelle, les chevaux de Bob Baffert - recordman de succès dans le Derby- l’entraîneur de Medina Spirit, sont interdits de concourir dans l’état du Kentucky.
 
 
 Medina Spirit a été disqualifié du Derby 2021 après un contrôle positif
 
 
Le Kentucky Derby est une synthèse de l’histoire des Etats-Unis. Dans un pays en fondation, cette course est le fruit de l’ambition de quelques explorateurs passionnés, désireux de faire prospérer leur jeune pays, au travers des symboles populaires. Malgré les crises, les guerres, les scandales, les pandémies, le Kentucky Derby n’a jamais cessé d’exister en 150 années. Avec lui c’est tout un imaginaire et un folklore qui rassemble les américains, à l’image d’un Superbowl. Le Kentucky Derby est devenu un symbole de la culture américaine. A l’image du Superbowl, passionnés et néophytes se retrouvent chaque année le premier samedi de mai pour vivre les « 2 plus belles minutes du sport ». Et l’histoire ne semble pas près de s’arrêter !  
 

 "The Run For The Roses" fait partie du patrimoine américain

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