Guy Mitchell, le triomphe du premier jockey borgne de Grande-Bretagne

31/08/2020 - Actualités
Docteur de profession mais également jockey amateur, Guy Mitchell a marqué d'une pierre blanche la date du 30 août 2020 en devenant le premier jockey borgne de l'histoire du Turf à remporter une course, en selle sur The Game Is On, un fils de Garswood entraîné par Simon Dow Outre-Manche. Une juste récompense pour ce cavalier amateur, qui a connu moult déboires pour obtenir sa licence...

Dr. Guy Mitchell et The Game Is On, après leur succès historique hier, à Goodwood, en Angleterre (© Edward Whitaker)

 

"Celui qui a perdu un oeil connaît la valeur de celui qui lui reste". Cette citation tirée de l'oeuvre de George Herbert, poète anglais du XVIIème siècle, sied à merveille au jockey amateur Guy Mitchell, docteur de profession âgé de 46 ans, qui, animé par une volonté de fer et une passion viscérale pour la plus belle conquête de l'homme, est parvenu à obtenir sa licence de cavalier amateur après bien des déboires, et a réussi à remporter une course, hier, sur l'hippodrome de Goodwood, en Angleterre...alors qu'il n'a plus qu'un seul oeil !

 

Malgré son handicap, Guy Mitchell ne raterait un canter pour rien au monde, étant à cheval tous les matins (© Racing Post)

 

En effet, alors qu'il n'est âgé que de 3 ans, le petit-fils de Cyril Mitchell, jockey vedette en obstacle Outre-Manche pendant la Seconde Guerre Mondiale puis entraîneur des champions Be Friendly (2x Haydock Sprint Cup, Gr.1 et Prix de l'Abbaye, Gr.1, à Longchamp) et Attivo (Triumph Hurdle, Gr.1, à Cheltenham), et fils de Philip Mitchell, champion chez les jockeys amateurs britanniques dans les années 1970, développe une tumeur très rare à un oeil, l'obligeant à suivre un lourd traitement qui, bien que lui ayant fait perdre son oeil droit, lui a tout bonnement sauvé la vie, comme il l'a confié à nos confrères du Racing Post: "À l'âge de 3 ans, ma mère a découvert que quelque chose n'allait pas avec mon oeil droit, comme s'il allait sortir de son orbite. C'était en fait dû à une tumeur extrêmement rare qui se formait sur l'un des six muscles qui contrôlent notre oeil. Cela m'a conduit à être admis au Barts Hospital et à suivre le traitement de feu le professeur James Malpas, constitué de séances de chimiothérapie et de radiothérapie, et que personne ne voulait essayer à l'époque. Ce n'est pas la tumeur qui a détruit mon oeil mais bien ce traitement. Or, si je ne l'avais pas suivi, je ne serais plus de ce monde à l'heure qu'il est. Aujourd'hui, les enfants bénéficient de traitement plus ciblés, entraînant moins de dégénérescence de ce type. De mon temps, c'était une question de vie ou de mort".

 

Le Dr. Guy Mitchell, dans la vie de tous les jours (© Racing Post)

 

Malgré la perte de son oeil droit, Guy Mitchell a eu tôt fait de se remettre en selle, au sens propre comme au sens figuré, faisant fi de son handicap pour passer son enfance et une partie de son adolescence à dos de poney ou de cheval, en compagnie de ses demi-frères, les jockeys Jack et Freddie Mitchell, ou à l'entraînement pour son père, Philip, avant de tenter d'obtenir pour la première fois sa licence de jockey à l'âge de 16 ans, en vain, avant de réessayer quelques années plus tard, alors qu'il siège sur les bancs de l'université, mais avec, encore une fois, la même réponse: non ! "À chaque fois, aucune explication précise ne m'a été fournie. On m'a juste dit que ce n'était pas possible. Point. J'ai donc laissé tomber et ai commencé à jouer au rugby, à faire de la musculation, tout en montant régulièrement le matin chez Simon Dow avant d'arrêter quand je suis devenu interne en médecine, en 1998". 

 

Simon Dow, entraîneur basé à Espom chez qui Guy Mitchell vient monter des lots chaque matin (© The Jockey Club)

 

Devenu aujourd'hui docteur à plein temps, Guy Mitchell a attendu de passer le cap des quarante ans pour revenir au triple galop vers ses premiers amours: les courses de chevaux. En effet, celui qui officie en tant que médecin sur bien des hippodromes britanniques, a longuement étudié le règlement, conjointement avec le Dr. Jerry Hill, le médecin-chef de la British HorseRacing Authority, le "France Galop anglais", afin de voir s'il y avait un moyen pour lui de réaliser son rêve de pouvoir monter en course. "Sans trop savoir pourquoi, j'ai décidé qu'il fallait retenter ma chance. En travaillant le matin chez des entraîneurs comme Simon Dow, George Baker ou encore Amanda Perrett, j'ai souvent été amené à rencontrer le Dr. Jerry Hill, dont l'approche a été beaucoup plus pragmatique. En effet, j'ai été soumis à de nombreux tests, tous plus rigoureux les uns que les autres à cause de mon oeil, mais les ai tous validés, y compris les tests physiques".

VOIR L'INTERVIEW DE GUY MITCHELL AVEC LE RACING POST

 

Le Dr. Jerry Hill, médecin officiel de la British HorseRacing Authority ayant aidé Guy Mitchell à obtenir sa licence (© Eclipse Magazine)

 

À force de travail et d'une abnégation à toute épreuve, le Graal tant espéré lui est enfin octroyé: sa licence de jockey amateur. Guy Mitchell va donc revêtir pour la première fois l'habit de lumière, à Newbury, en juillet 2019, et se mettre en selle sur Double Legend, un fils de Finsceal Fior entraîné par Amanda Perrett avec qui il terminera bon dernier. Qu'à cela ne tienne, la joie de pouvoir prendre part à une épreuve surpasse très nettement la déception du résultat, eu égard aux nombreux sacrifices consentis pour en arriver là. S'ensuivront deux autres tentatives infructueuses jusqu'à ce dimanche 30 août 2020, sur l'hippodrome de Goodwood, où Guy Mitchell a mené aux succès The Game Is On, un pensionnaire de Simon Dow, qui a causé la stupéfaction générale en s'imposant à la cote astronomique de 50/1 ! Pourtant pas des mieux partis à l'ouverture des boîtes, le fils de Garswood, étalon stationné au Haras de la Huderie, en Normandie, s'est vu obligé de faire les extérieurs pour se porter sur la ligne des premiers, avant d'être empoigné par son partenaire et de bien soutenir son effort pour résister au bon retour d'Uther Pendragon (Dragon Pulse), un pensionnaire de James Moore bien connu dans l'Hexagone, Stormingin (Clodovil) venant compléter le podium, en retrait.

 

 

Si Guy Mitchell se dit "bouleversé" et "complètement incrédule" à l'occasion de son premier succès en piste, ce n'est pas la première fois qu'un cavalier souffrant d'un handicap physique remporte une épreuve en Grande-Bretagne. En effet, en 2017, Guy Disney, ancien officier du régiment de cavalerie de l'armée britannique des Light Dragoons amputé de sa jambe droite suite au bombardement de son véhicule dans la province d'Helmand, en Afghanistan, est parvenu à s'imposer sur les fences de Sandown, dans la Royal Artillery Gold Cup, en selle sur Rathlin Rose, alors entraîné par le maître David Pipe. Une victoire qui avait fait grand bruit à l'époque puisque le Capitaine Guy Disney restera comme le premier jockey amputé à triompher dans une course hippique en Grande-Bretagne. Un succès qui illustre, jusqu'à aujourd'hui, la possiblité laissée par les autorités hippiques britanniques aux cavaliers souffrant d'handicaps physiques de faire néanmoins étalage de tout leur talent une fois en piste.

 

Guy Disney, amputé d'une partie de la jambe droite, lors de son succès de Sandown avec Rathlin Rose (© Edward Whitaker)

 

"Monter en course n'est plus un challenge aujourd'hui: c'est le fait d'obtenir la licence qui en a été un", poursuit Guy Mitchell. "C'est trop facile d'être en colère contre le passé. A présent, je dois regarder devant moi, pas dans le rétro, et profiter de l'instant présent. En Angleterre, les jockeys ont le droit de monter jusqu'à 55 ans. Je n'en ai que 46, et donc encore de belles années devant moi. Je veux simplement monter encore plus souvent en courses, notamment dans l'Amateurs' Derby Handicap, à Epsom, qui m'a toujours fait rêver, ainsi que sur les hippodromes sur lesquels j'officie comme médecin, comme Windsor et Goodwood. Ascot demeure mon prochain objectif, donc si un entraîneur a un cheval à me proposer, je suis preneur". 

 

Guy Mitchell, un jockey décidément pas fait du même bois que le commun des mortels (© Horse And Hound.co.uk)


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