L'histoire de DNA Pedigree : Labus, étalon national

24/09/2021 - Grand Destin
Splendide cheval noir élevé par Marcel Boussac, placé d'un Prix du Conseil de Paris (Gr.2) ainsi que d'un Grand Prix de Marseille, Labus aura marqué de son empreinte la fin du XXème siècle, bien que n'ayant que peu sailli, et débuté au tarif de 76 € la saillie au Haras National de Saint-Lô, car étant devenu le père d'excellents chevaux comme Akarad ou encore Akiyda. Une histoire signée Thierry Grandsir (DNA Pedigree).

Labus (1971-1996), par Busted et Cordovilla (Pharis II)

 

La fonction originelle des Haras Nationaux consistait à préserver et à améliorer les races de chevaux. Toutes les races de chevaux, que ce soit pour la selle, l’attelage, l’agriculture, les transports, la guerre, le sport, les courses... Les étalons Pur-Sang, surtout utilisés pour le croisement, ont tenu une place importante au sein de cette institution, tels Furioso, grand fondateur de la race Selle Français, Even Top, père du Champion Cirrus des Aigles ou encore Montmartre, qui débuta au Haras du Pin.

Au début des années 1980, l’étalon national qui défraya la chronique s’appelait Labus. Splendide cheval noir de grande distinction, il avait été conçu par Marcel Boussac en vue de produire un outcross entre un étalon extérieur, l’anglais Busted, et sa jument Cordovilla, une fille de Cordova (Prix Morny) qui alliait les sangs de Pharis II, Djebel, Tourbillon et Astérus, bases génétiques classiques de son célèbre élevage.

 

 

Busted, le père, était un cheval de grande classe doté d’une capacité d’accélération hors normes mais très tardif. Il s’était successivement adjugé la Coronation Cup (Gr.1), les Eclipse St. (Gr.1), les King George VI & Queen Elizabeth St. (Gr.1) et le Prix Foy (Gr.3) à 4 ans, prélude à un Prix de l’Arc de Triomphe auquel il n’avait pu prendre part, victime d’un claquage à l’entraînement deux jours avant la course…

 

Busted, Chef de Race et géniteur de Labus…

 

Accidenté à un postérieur, son fils Labus avait dû attendre le mois de septembre de ses 3 ans pour débuter victorieusement à Chantilly avant de se placer deuxième de Kamaraan dans un Prix du Conseil de Paris (Gr.2) qu’il avait tenté de s’adjuger de bout en bout, et de conclure sa carrière troisième du Grand Prix de Marseille (L.), terminant son parcours sur trois jambes. Doué mais tardif et fragile comme son père !

Les difficultés financières que connaissait Marcel Boussac à cette époque ne lui permettant plus d’utiliser les meilleurs étalons du moment, Labus prit ses fonctions de reproducteur et disposa d’une jumenterie d’élite, bien que peu fournie : dix foals en première saison, onze l’année suivante. En 1978, S.A. Aga Khan se porta acquéreur de l’élevage Boussac dans son intégralité et décida d’offrir les étalons maisons à la France, et c’est ainsi que notre Labus se retrouva en station au Haras National de Saint-Lô, officiant au tarif de 500 FRF la saillie (environ 76 €). Dire qu’il n’était pas à la mode est un doux euphémisme…

Parmi les poulinières pleines de ses œuvres ayant intégré l’élevage princier figurait Licata, une lauréate du Prix Cléopâtre (Gr.3) dont le premier produit, Acamas (Mill Reef), avait offert un ultime Prix du Jockey Club (Gr.1) à Marcel Boussac. Une course dans laquelle, quasiment tombé sur les genoux à l’entrée de la ligne droite, il était passé de la dernière à la première place pour l’emporter d’un nez. Pour l’anecdote, Acamas s’avéra presque totalement stérile et fut aligné au départ de l’Arc de Triomphe (Gr.1) à 8 ans, mais ce fut sans effet sur le plan de sa libido…

La jument Licata délivra un splendide poulain noir le 15 avril 1978, et retourna à la saillie de Labus ce même printemps. Le foal reçu le nom de Akarad, et sa sœur cadette fut baptisée Akiyda. Très signé par son père, Akarad fut le premier à attirer l’attention sur son géniteur, obscure étalon national : deuxième du Prix du Jockey Club (Gr.1) derrière Bikala, il prit sa revanche sur ce dernier dans le Grand Prix de Saint-Cloud (Gr.1) en 1981. La saison suivante, sa propre sœur Akiyda s’adjugea le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr.1) de bout en bout dans une course baptisée l’Arc des A, ses suivants immédiats étant Ardross, Awaasif et April Run

 

La gagnante du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr.1) Akiyda, une fille de Labus…

 

Devant un tel succès, l’administration tenta de surfer sur la vague Labus en proposant pour lui des conditions proches de … l’usine à gaz. Un engagement de 80% de fertilité pour 100 juments par saison, un tarif spécial (10.000 FRF) si l’éleveur s’engageait à garder le produit en France, une possibilité de préemption de l’Etat en cas d’exportation au prix maximum de 100.000 FRF, tarif d’ailleurs appliqué dans tous les cas aux éleveurs désirant conserver le droit de vendre le produit à l’étranger, tirage au sort des poulinières si leur nombre excèdait 100 unités, etc…

Qu’importe, Labus continua à assurer une production de qualité dans les deux spécialités et onze de ses fils établirent une lignée mâle dont le pilier central fut Akarad, géniteur de 5 gagnants de Gr.1 (dont la lauréate du Prix de Diane Resless Kara) et de 10 étalons (dont le gagnant du Prix du Jockey Club Natroun et le père de sauteurs classiques Shafoun).

On retrouve encore Labus en position de père de deuxième mère dans le pedigree de la lauréate du Prix de Diane (Gr.1) Daryaba et dans ceux des sauteurs gagnants de Gr.1 P’Tit Zig, Saphir du Rheu et Shaneshill. Ce vénérable fonctionnaire, réformé à 24 ans, aura marqué son époque !

 


 



 


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