Leurs premiers 2 ans en 2021 (2/15) : Almanzor

05/02/2021 - Zoom Etalon
 Un bon nombre d'étalons stationnés en France auront leurs premiers 2 ans en piste en 2021. Avant l'arrivée de cette génération sur les hippodromes, on se penche sur le profil de ces nouveaux arrivants, en analysant leur carrière, leurs origines, mais aussi les résultats aux ventes et les premiers "bruits de couloir" des entraîneurs. Continuons avec Almanzor, stationné au Haras d'Etreham.

Almanzor, un crack européen qui porte de grands espoirs 

 

Performances : Le meilleur 3 ans européen, tout simplement 

C'est avant tout un avis subjectif, mais selon les ratings, Almanzor est le meilleur cheval que Jean-Claude Rouget ait jamais entraîné. Un rating de 133 lui a été attribué après son succès dans les Irish Champion Stakes, une course qui reste sa "masterclass". S'il a été un vrai cheval de 2000m, Almanzor a été tout de même assez précoce pour gagner dès ses débuts sur 1400m en juillet de ses 2 ans. Il a gagné listed à cet âge, le Grand Critérium de Bordeaux. Almanzor s'est toutefois révélé à 3 ans, en remportant 5 de ses 6 tentatives, enchaînant le Guiche, puis le Jockey Club, le Guillaume d'Ornano, les Irish Champion Stakes et les Champion Stakes. Si le regret de ses admirateurs reste son absence de l'Arc, il a profité de sa campagne pour battre la gagnante de la grande course, Found, à 2 reprises, mais aussi Minding, Highland Reel, Zarak, Jack Hobbs, New Bay, Harzand, The Grey Gatsby, ou encore Hawkbill, soit tous les meilleurs de son époque. Oublions son retour "manqué" à 4 ans, car il avait subi la maladie qui avait affecté l'écurie Rouget. Almanzor s'est donc retiré en crack au Haras, avec la particularité d'avoir vaincu les étrangers chez eux. Notons que le dernier auteur du doublé Irish Champion Stakes/ Champion Stakes avant lui était un certain New Approach, devenu un super reproducteur. 

Palmarès du Jockey-Club: Tourbillon, Right Royal, Herbager, Top ville, Caerlon, Darshaan, Bering, Montjeu, Dalakhani, Shamardal, Lawman, Intello, New Bay, Lope de Vega...

Irish Champion Stakes: Sadler's Wells, Giant's Causeway, New Approach, Sea The Stars, Golden Horn...

Champion Stakes: Nasrullah, Nayef, New approach, Frankel, Farrh...

 

 

 

Son père : le chef d'oeuvre de Wootton Bassett 

Evidemment, l'épopée Almanzor a été aussi l'avènement de son père, Wootton Bassett, qui est aujourd'hui l'étalon que tout le monde s'arrache en Europe. Il a été de fait son premier fils au Haras, rejoint aujourd'hui par le sprinter Wooded qui débute à Bouquetot en 2021. Wootton Bassett, 2 ans précoce, a été recruté par Nicolas de Chambure à son arrivée à la tête d'Etreham. Boudé au début, il se révèle comme améliorateur, et le meilleur est à venir avec l'arrivée de générations nombreuses, avec des juments de plus haut standing. Almanzor est lui-même un élève d'Etreham. Wootton Bassett a confirmé tous les espoirs en 2021, donnant donc Wooded mais aussi la gagnante de Breeders' Cup Audarya. L'atout de Wootton Bassett, qui est aussi celui d'Almanzor, est d'être indemne de la plupart des courants de sang répandus dans le vieux continent. Ainsi, Almanzor est dépourvu du sang de Northern Dancer sur 4 générations. Wootton Bassett a été acheté cet été par Coolmore, qui voit une alternative au sang de Galileo, et l'a placé à 100 000 € la saillie, une ascension impressionnante pour un cheval que l'on pouvait encore s'offrir à 6000 € en 2016. Nous saurons d'ici peu s'il peut s'avérer comme un bon père de pères. 

 

Wootton Bassett, le père d'Almanzor devenu une référence européenne 


Sa lignée maternelle : Une famille de tenue ramenée vers les distances intermédiaires

Le nom de sa mère ne trompe pas, Almanzor descend d'une souche Aga Khan. Sa mère Darkova, avait d'ailleurs été achetée au contingent du prince lors de la vente de décembre 2011 pour 16 000 € seulement par le Haras d'Etreham. Darkova n'a jamais couru, mais est une fille de la gagnante de listed Darkara, elle-même une cousine de la crack mileuse Darjina. La famille s'est peu à peu rapprochée de la vitesse, car la 4e mère Daralinsha était une stayeuse (prix Minerve Gr.3), dont descend le classique Darsi, gagnant comme Almanzor du Jockey-Club. Outre Almanzor, Darkova a produit 2 black-types, Troarn et Another Sky. Le croisement avec Wootton Bassett sur cette famille a aussi donné Guildsman, un 2 ans très précoce. Il a gagné en juin de ses 2 ans sur 1200m, avant de prendre la 3e place des Coventry Stakes (Gr.2) derrière Arizona et Threat. Il a gagné un Gr.3 sur 1300m aux Etats-Unis à l'âge de 3 ans, montrant qu'il avait continué de progresser, tout en gardant sa vitesse naturelle. 

 

 

Comme nous l'avons déjà évoué, Almanzor est indemne du sang de Northern Dancer sur 4 générations. Son père de mère, Maria's Mon, fut l'un des meilleurs 2 ans de sa génération, étant lui-même issu d'une mère par Caro, dont il a tiré sa robe grise presque blanche. S'il est mort jeune, Maria's Mon a très bien produit, avec des 2 ans qui progressent souvent à 3 ans. Son meilleur fils, Super Saver, fut gagnant du Kentucky Derby en 2010, et s'affirme déjà comme un bon reproducteur, étant à l'origine du super sprinter Runhappy, vainqueur de Breeders Cup. En tant que père de mères, Maria's Mon a évidemment fait fort avec Almanzor, mais marche globalement très fort en Europe. Ses filles ont produit les bien connus Usherette, Crossfirehurricane, tous deux gagnants de groupes sur le gazon, mais surtout le crack 2 ans Air Force Blue, précoce et gagnant de 3 Gr.1 lors de sa saison de "juvenile". Il est déjà étalon aux Etats-Unis, et ses premiers 2 ans ont bien réussi en 2020, avec notamment Chief Little Hawk, black-type et vainqueur d'une course richement dôté réservée à la jeune génération. Si on remonte encore le pedigree d'Almanzor par la mère, on notera les sangs de Halling et Doyoun, deux étalons qui sont plutôt des vecteurs de tenue. Almanzor n'est pas sur la papier le cheval le plus indiqué pour faire vite et précoce, mais plutôt pour sortir des 2 ans de second semestre, qui seront meilleurs à 3 ans... Tout dépend bien-sûr de la jumenterie qu'il a reçue, mais globalement, le parc élevage français n'est pas celui qui est le plus axé sur la vitesse. Il a toutefois sailli beaucoup de juments étrangères, ce qui peut nous donner de belles surprises. 

 

Maria's Mon, parti trop tôt mais très influent...surtout en Europe !

 

Les premiers yearlings : le leader européen des premières productions... avant même les pistes ! 

En tant que champion européen, la renommée d'Almanzor a bien dépassé nos frontières, et il a rencontré un succès attendu sur les rings. Il avait sailli 140 juments lors de sa première saison, à un tarif de 35 000 €. Ses premiers yearlings ont tapé dans l'oeil de tout le monde, établissant une moyenne de prix supérieure à 100 000 €. Il a notamment été l'étalon de première production avec la meilleure moyenne en octobre à Tattersalls, pas un mince exploit face à ses rivaux anglais et irlandais ! Son top price du Book 1 de Tattersalls a été adjugé à 250 000 Gns, et un poulain a fait 280 000 € à ARQANA, même dans un contexte difficile. Ayant fait la double saison en Nouvelle Zélande à Cambridge Stud, Almanzor a aussi une production dans l'hémisphère sud, qui a aussi tout de suite plu. C'est d'ailleurs à la récente vente de yearlings de Karaka qu'il a établi son record pour un yearling, avec un mâle acheté pour l'équivalent de 330 000 €, et une moyenne à 114 000 € ! Si Wootton Bassett a mis du temps à se faire étalon, Almanzor a de suite été un superbe cheval, plein de puissance et d'équilibre. Cela se ressent dans sa production, qui est harmonieuse et signée du père, un signe très encourageant. Avant d'être bon, il faut être beau, ça ne fait pas de mal ! 

 

Le fils d'Almanzor et Glittering Tax acheté 280 000 € à ARQANA par Mickael Kinane 

 

 2021 en vue : les "premiers bruits" sur les Almanzor

L'attente est évidemment très élevée pour la production d'Almanzor, mais comme nous l'explique Franck Champion, directeur commercial du Haras d'Etreham, il faudra attendre un peu pour les voir à leur plein potentiel: " Almanzor était un vrai champion sur 2000m, qui a certes gagné à 2 ans, mais plus sur sa classe que par précocité. Pour sortir des 2 ans précoces, il faut aussi des entraîneurs spécialistes. Tous ces éléments laissent à penser que les produits d'Almanzor seront plus vus à partir du mois d'août, même si cela ne l'interdit pas de sortir des 2 ans plus précoces. C'est un cheval qui a été plein en France comme en Nouvelle Zélande, et que nous avons soutenu avec une vingtaine de juments, et les meilleures, depuis ses débuts. Il a des produits à l'entraînement en France bien-sûr, mais aussi en Irlande, en Angleterre et même aux Etats-Unis. C'est une première pour un jeune étalon français, d'avoir déjà ce statut international. Les premiers bruits sont bons, avec des chevaux faciles au pré-entraînement, avec du physique sans être lourd."

En effet, une trentaine de produits d'Almanzor sont déjà à l'entraînement en France, chez Jean-Claude Rouget, Fabrice Chappet, André Fabre, Yann Barberot, Frédéric Rossi, Francis Henri Graffard, Joséphine Soudan, François Rohaut, Fabrice Vermeulen... la liste est encore longue ! A l'étranger, ce sont les Roger Varian, Kevin Ryan, Ger Lyons, William Haggas, et même Chad Brown et Mark Casse aux Etats-Unis qui ont la charge des jeunes pousses issues du champion européen 2016. Almanzor est  avant le coup un prospect capable de se hisser parmi l'élite des "classiques", comme son profil le suggère... La vérité sera en piste, tout en sachant que les Almanzor feront sans doute des meilleurs 3 ans que 2 ans, de quoi déjà saliver en vue de 2022 ! 

 

Franck Champion avec Almanzor

 

 

 

 


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Un Hellenistique conquérant dans un Qatar Derby à la sauce française

Épreuve déjà remportée l'an dernier par le "FR" Pedro Cara, le Qatar Derby (Gr.1) n'a pas non plus échappé en 2020 à un autre cheval né, élevé et entraîné en début de carrière en France, en l'espèce d'Hellenistique, un fils de Wootton Bassett issu de l'une des plus vieilles souches du Haras d'Etreham, qui est parvenu à dominer, au prix d'une longue et belle accélération, King Pacha, né et élevé quant à lui au Haras de Montaigu.