Pierre-Louis Jamin, les confidences d'un jeune "Frenchy" de l'"English" vestiaire

06/04/2021 - Actualités
Grâce à sa victoire de vendredi dernier avec Spirit Of The Lodge dans la finale du « All-Weather Championship » de Lingfield réservée aux apprentis, le jeune jockey français Pierre-Louis Jamin, pur produit de Montrevault, dans le Maine-et-Loire, entame de la meilleure des manières son année 2021 outre-Manche, où il officie à temps plein depuis presque cinq ans maintenant. Rencontre avec le « French » apprenti de Karl Burke. 

Pierre-Louis Jamin, apprenti-jockey français expatrié en Angleterre (© Horsracinglivetv.com)

 

Si les entraîneurs anglais sont de plus en plus nombreux aujourd’hui, notamment depuis le début de la crise sanitaire, à traverser la Manche pour venir s’installer et exercer leur « métier-passion » en France, attirés notamment par la richesse des allocations distribuées, nettement supérieures à celles octroyées dans leur pays natal, on en oublierait presque que certaines de nos chères petites têtes blondes ont elles aussi entrepris le chemin inverse il y a quelque temps maintenant, jugeant la Perfide Albion comme le parfait endroit pour tenter de faire leur place au soleil… en tant que jockey !

Un itinéraire choisi par l’ancien champion des courses de poneys, Benoît de la Sayette, aujourd’hui apprenti chez les redoutés et redoutables "Gosden & son" (John et son fils, Thady, ndlr), et dont nous vous avions déjà parlé la semaine passée (VOIR L'ARTICLE). Mais aussi par Pierre-Louis Jamin, un montrebellien (gentilé de Montrevault, dans le Maine-et-Loire, ndlr) pur souche entamant à peine son vingt-deuxième printemps, expatrié de l’autre côté de la Manche depuis cinq ans maintenant, et qui est sorti vainqueur vendredi dernier, à Lingfield, de la finale du « All-Weather Cahmpionship » réservée aux apprentis, en selle sur Lord Of The Lodge, pour l’entraînement de son patron actuel, le très adroit Karl Burke.

 

Pierre-Louis Jamin et Lord Of The Lodge, victorieux vendredi du All-Weather Apprentice Handicap de Lingfield (© Sporting Post)

 

Fraîchement rentré ce lundi de l’hippodrome de Redcar, où il a obtenu une bonne deuxième place en selle sur Alba de Tormes, un fils de Lope de Vega défendant la casaque et l’élevage de Ballylinch Stud, également entraîné par l’homme de la championne aux six Gr.1, Laurens, gagnante en 2018 des Prix Saint-Alary (Gr.1) et de Diane (Gr.1) en France, Pierre-Louis Jamin est revenu sur sa belle de victoire de vendredi : "J’avais déjà eu la chance de gagner à Lingfield, mais c’était la toute première fois que cela se produisait dans une finale du "All-Weather Championship". Tout s’est passé comme dans un rêve et Spirit Of The Lodge a été parfait. J’avais reçu pour ordre d’aller devant, mais pas trop vite non plus, en espérant qu’il puisse bien repartir dans la phase finale pour réussir à contrer toutes les attaques. Et c’est ce qu’il a fait. Il s’était déjà très bien comporté auparavant, dans une course qualificative labellisée Listed sur l’hippodrome de Wolverhampton. Il avait terminé deuxième d’un cheval entraîné par Richard Hannon, Mums Tipple, qui a un peu de moyens et confirmé depuis, puisqu’il a terminé deuxième du All-Weather Mile vendredi".

Pas du tout issu du sérail, bien qu’appartenant à une famille sachant ce que les mots "courses", "pelotons", et "selles" veulent signifier, avec un père, Philippe, ancien cycliste ayant excellé dans le rang des amateurs, et un frère, Léo-Paul, coureur de l’équipe Sojasun ne cessant de s’affirmer chez les espoirs actuellement, Léo-Paul Jamin a néanmoins très tôt succombé au charme des courses et des chevaux, se rendant dès son plus jeune âge sur les très nombreux hippodromes entourant la commune où il est né et a grandi. Il nous explique : "Comme je suis originaire de Montrevault, dans le Maine-et-Loire, il est très facile de se rendre sur l’un ou l’autre des hippodromes qu’il y a dans la région. Ainsi, chaque dimanche avec ma famille, on allait aux courses à Nantes, Angers, Craon, Le Lion d’Angers ou encore Beaupréau".

 

Henri-Alex Pantall, maître de Beaupréau et premier maître d'apprentissage de Pierre-Louis Jamin (© APRH)

 

C’est d’ailleurs dans cette petite bourgade des Mauges, réputée pour son meeting estival et sa foire de la Petite Angevine – que l’on ne saurait que trop vous recommander d’ailleurs ! -, que le jeune homme a appris les rudiments du métier de jockey chez son premier maître d’apprentissage, Henri-Alex Pantall. Il nous raconte : "J’ai commencé à apprendre à monter dans un poney-club, mais je n’ai pas suivi la voie "classique" des courses de poneys. D’ailleurs, il m’a fallu attendre d’être chez mon maître d’apprentissage, M. Pantall, pour m’asseoir pour la toute première fois sur un cheval de courses. Comme Fabrice Veron en fait ! J’y ai donc appris toutes les bases avant d’intégrer ensuite l’écurie de Francis-Henri Graffard, à Chantilly, chez qui j’ai aussi beaucoup appris. À la suite de ça, dans le cadre de ma formation à la MFR de Pouancé, je suis parti une première fois en Angleterre pour aller travailler chez un entraîneur anglais quelques semaines seulement. J’ai donc intégré l’équipe de Jonathan Portman, à Whitcoombe House Stables, du côté de Lambourn, à l’ouest de Londres. J’ai même eu la chance de monter l’un de ses représentants sur l’hippodrome de Kempton Park. Très rapidement, les courses là-bas m’ont beaucoup plu, ainsi que la manière d’entraîner, à tel point que j’ai décidé d’y revenir et de m’installer là-bas".

 

Karl Burke, nouveau patron de Pierre-Louis Jamin, et entraîneur entre autres des talentueux Laurens et Unfortunately (Prix Morny, Gr.1) (© APRH)

 

En effet, après un retour éclair dans l’Hexagone, Pierre-Louis Jamin a décidé d’entamer une carrière de pilote de l’autre côté de la Manche, chez Jonathan Portman tout d'abord, dont l’un de ses pensionnaires, Intimately, un fils d’Intense Focus, lui a offert son premier gagnant en Angleterre, le 18 mai 2017, sur l’hippodrome de Salisbury. Ce dernier se rappelle : "Peu de temps après mon retour, j’ai eu le sentiment que rester en France n’allait pas forcément me permettre de monter régulièrement en course et de parvenir à me faire un nom parmi les apprentis-jockeys. J’ai donc retraversé la Manche pour entrer à temps plein au service de Jonathan Portman dans un premier temps. J’ai ensuite travaillé pour le compte d’Archie Watson, installé lui aussi du côté de Lambourn, avant de finalement rejoindre l’écurie de Karl Burke, beaucoup plus au nord de l’Angleterre, depuis le début de l’année. Tout le monde a été très accueillant à mon égard et j’ai été très bien intégré. Je monte en priorité ses chevaux le matin, quatre à cinq lots par matinée. Si je dois me rendre sur un hippodrome situé assez loin de l’écurie, il peut m’arriver de monter le matin pour un entraîneur installé près du champ de courses, comme à Newmarket par exemple".

 

Lord Oberon, autre protégé de Karl Burke avec qui Pierre-Louis Jamin s'est déjà imposé à deux reprises en 2021 et compte en plus deux accessits (© Twitter Southwell Racecourse)

 

Une collaboration qui n’a pas tardé à porter ses fruits puisque, depuis le 1er janvier 2021, cinq des six victoires du jeune pilote ligérien ont été obtenues en selle sur des chevaux entraînés par son patron, auxquelles s’ajoutent neuf deuxièmes places, cinq troisièmes places et deux quatrièmes places glanées en seulement trente-quatre courses, pour un ratio affiché à presque 65% dans les quatre premiers ! La tête sur les épaules, celui qui compte 31 succès depuis ses débuts dans les "English" pelotons a rapidement su trouver sa place dans le "weighing room" (vestiaire en français, ndlr) et aspire désormais à travailler d’arrache-pied et à prendre tous les (bons) conseils pour réaliser ses objectifs à court et plus long terme. Il déclare : "J’ai rapidement été très bien intégré dans le vestiaire, bien qu’au début ce fut assez compliqué, notamment à cause de la barrière de la langue. Mais ça va beaucoup mieux depuis, j’ai eu le temps de progresser en Anglais ! J’essaie de m’inspirer de crack-jockeys comme James Doyle ou encore Ryan Moore, mais je reçois aussi beaucoup de conseils de Clifford Lee, le premier jockey de l’écurie, ou encore de mes amis Kieran Shoemark et Tom Marquand, avec qui j’ai fait beaucoup de vélo lors du premier confinement ! Je souhaite continuer à monter le plus longtemps possible en Angleterre, d’y perdre ma décharge et de prendre part à une première épreuve black-type. Mon rêve ultime serait de remporter le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr.1). C’est le rêve pour bon nombre de jockeys, qu’importe le côté de la Manche où ils se trouvent".

 

"All the best", Pierre-Louis, et à toute l'équipe de Karl Burke pour cette année 2021 (© Twitter AWChampionships)


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